mercredi 22 mai 2019

Epiphanie

Toute les nuits je rêve
De toute de n'importe quoi
Je rêve que j'ai eu la fève
Et que c'est moi le roi

Je porte une couronne
Et un beau sceptre en or
Le chapeau d'Al Capone
Une bague à tête de mort

Je roule dans un beau carosse
Même que des fois j'ai la trouille
Que la fée Carabosse
Me la change en citrouille

Je crie Sa Majesté
Voudrait une tasse de thé
Et ce soir à souper
Du chili con carne

Je lève des impôts
La dîme et la gabelle
Pour nourrir les escargots
De ma garde personnelle
De soupe au vermicelle

Toutes les nuits je rêve
De tout de n'importe quoi
Je rêve que j'ai eu la fève
Et que c'est moi le roi

Je vais à la chasse à courre
Avec les Pinçon-Charlot
Mais on arrive à la bourre
Et le plan tombe à l'eau

J'ai plein de courtisanes
Avec qui je bois des tisanes
Je leur fais des petits bâtards
Que je nourris de carambar
Matin, midi, et soir

Pour mieux régner je divise
Y en a je leur fais la bise
Y en a je la leur fais pas
Gouverner c'est comme ça

Epiphanie
Oh ! oui
Epiphanie
Oh ! oui

J'envisage d'abdiquer
En faveur du dauphin
Mais il s'est fait mettre au piquet
Par sa prof de dessin

Quand je sais pas quoi faire
Je réunis mes généraux
Je déclare deux ou trois guerres
Et puis je vais boire l'apéro

Toutes les nuits je rêve
De tout de n'importe quoi
Je rêve que j'ai eu la fève
Et que c'est moi le roi

Toutes les nuits je rêve
De tout de n'importe quoi
Toutes les nuits je rêve
Je n'ai pas le choix
C'est plus fort que moi


samedi 11 mai 2019

Madame Octave (Requiem pour tante Léonie)

Madame Octave



Tu bois la pepsine jusqu'à la lie
Tu digères plus ton eau de Vichy
Et tu sors plus beaucoup de ton lit
Madame Octave

Mais là-bas tout au bout de ton lit
Y a ton neveu qui apporte le tilleul
Le thé ou la verveine à son aïeule
Madame Octave

Et quand tu lui tends une madeleine
Que tu as trempée dans ta verveine
Ça entre dans son âme d'enfant
Et ça s'y grave
Ça en ressortira quand il sera grand
Madame Octave

Tu bois la pepsine jusqu'à la lie
Tu digères plus ton eau de vichy
Et tu sors plus beaucoup de ton lit
Mais c'est pas grave

T'as ton passeport pour l'éternité
Ton neveu va te ressusciter
Bientôt tu pourras te reposer
Madame Octave

Dehors y a le clocher qui sonne
Au loin coule la Vivonne
Bientôt tu pourras te laisser aller
Madame Octave

Le soleil frappe sur les toits
Au loin y a un chien qui aboie
Maintenant tu peux te laisser aller
Madame Octave

jeudi 18 avril 2019

la chinoise

on dirait une chinoise
elle au pied d’un mur
devant un store
et elle est en train de se faire
serrer
très fort
contre le store
par un homme

et elle sent sur sa joue 
le bout de la langue
du monsieur

et elle ouvre de grands yeux
et elle sourit
et plus le monsieur la serre
plus elle sourit
et elle ne le voit pas
parce qu’elle a la joue tournée
vers lui
et elle a les yeux tournés

vers la rue plongée dans la nuit

jeudi 21 mars 2019

Il fait nuit

Il fait nuit. Je crois. Ou presque. Ou en tout  cas ça va pas tarder. ça se finit toujours comme ça. Si je m'en réfère à ma vacillante mémoire. Mais je m'y réfère. A quoi me réfèrerais-je sinon. Et quand il fera bien  noir, je ne verrai plus rien, par ma fenêtre. à part les lumières. de la ville. Les lumières de la ville. Car je suis en ville. Car si j'étais à la campagne je ne verrais pas les lumières de la ville. Je verrais les lumières de la campagne. Mais il y fait tout noir. Alors je verrais l'obscurité de la campagne. Et je ne verrais rien, car moi dans le noir je ne vois rien, sans lumière. La météorologie, ça me repose. Le noir, ça m'apaise. Vivement qu'il fasse nuit. Je n'ose pas regarder. Par la fenêtre. Je ne sais que trop ce que j'y  verrais. Des toits couverts de neige, peut-être. Car j'ai entendu dire qu'il avait neigé. Et même si je ne l'avais pas entendu dire je pourrais l'affirmer, car j'en suis sûr : il a neigé. Quand a t il neigé ? Je ne sais pas. Mais il a neigé. Et il m'est même neigé dessus, un peu. Je portais une cagoule. Et des moufles. Car ma mère m'avait dit, Les moufles, c'est mieux. Et je lui avais dit, Pourquoi ? Et elle ne m'avait pas répondu. Alors parfois encore aujourd'hui je me demande pourquoi les moufles c'est mieux, mais à tout hasard je ne porte que des moufles, jamais de gants, car on ne sait jamais, peut-être que ma mère avait raison. 

Le tien le mien



C’est le tien
Ou c’est le mien

Ce sang
Que tu as sur le visage

C’est à toi
Ou c’est à moi

Ces petites traces
Rouges

C’est joli
Ça te va bien

C’est mignon

Ça ressemble
A des peintures 
Rupestres

Ça ressemble
Aux traces de craie
Sur le sol
Dans ma cour de récréation
Quand j’étais petit
Pour que les filles
Jouent
A la marelle

C’est le tien
Ou c’est le mien
C’est à toi
Ou c’est à moi
Ça t’appartient
Ou ça m’appartient

Ça te va bien
C’est joli

Garde le
Je te le laisse
Il va sécher
Et quand il sera vraiment tout sec
Ça ressemblera
A la gouache
Sur les vieux dessins
Que je retrouve chez moi
Quand je fais le ménage
Des dessins
Que j’ai faits
Quand j’avais
Mettons
Huit, 
Ou dix
Ou douze
Ans
A l’école
Au collège
En cours de dessin
Avec madame Pont

Garde le
Ce sang
Sur ton visage
Garde le
Et prends en soin
Ça vaut
Ça a de la valeur
Ça pourrait être le mien
Et d’ailleurs
C’est peut-être le mien
Et puis de toute façon
C’est le nôtre
Car nous partageons tout
N’est-ce pas ?
Modifier le message

Avec un nuage de lait (La voie lactée)


T’étais
T’étais
T’étais

En train
De boire
Un thé

Un thé

Avec un nuage de lait

Pendant
Que tu
Etais

En train
De boire
Un thé

J’étais
J’étais
J’étais

En train de te téter (les nénés)

Ta voix


Ta voix

Alors que la tempête
S’abattait sur les champs de blé
Et que les girouettes
Tournaient sur les toits des greniers

J’ai vu ta silhouette
Sur la ligne de l’horizon
Et j’ai vu sur ta tête
Un air soucieux et moribond

Ça n’était pas la fête
Sous ton casque de cheveux blonds
Tu avais l’air inquiète
Il y avait des plis sur ton front

Ta belle voix fluette
Ce jour là je l’ai entendue
Ta belle voix fluette
Ta voix que je n’entendrai plus

A travers la tempête
Tu as poussé un cri strident
Qui comme une arbalète
A atteint mon grand cœur d’enfant

Lorsque j’ai vu la bête
Quand elle s’est jetée sur toi
Lorsque j’ai vu ta tête
Ta bouche qui criait… : A moi