mercredi 31 mars 2021

 Processus

 

 

 

Je me suis fait

Epidémier

Et ça m’a rendu

Malade

Et à la fin j’étais tellement

Malade

Qu’il a fallu me

Soigner

Jusqu’à ce que

Désépidémisation

S’ensuive

Et c’est depuis

Que je suis

Gué

Gué-gué

Gué-gué-gué

Gué-gué-gué

 

Ri

vendredi 19 mars 2021

Les chiens, c'est des boomerangs ; les chats, c'est des frisbees. 


(les zaforismes de jeanrobinou #1)

mercredi 13 janvier 2021

Va chercher rapporte

 Va chercher

Va chercher

Quoi donc ?

T’occupe

Et va chercher

Et rapporte

Faut que ça rapporte

Alors rapporte

Dans ta gueule

Entre tes dents du haut et tes dents du bas

Rapporte le butin

Un beau butin, hein !

Je compte sur toi

Tu es beau

Vas-y

Donne la papatte

Fais le beau

Mordille moi la main

Mange dedans 

Mais pas trop

Et reviens ce soir

Dans mon lit

Me tenir chaud

Et me faire 

Un enfant

S’il te plait

mercredi 29 juillet 2020

Narcisse


En se penchant sur l’eau, Narcisse
A vu un nénuphar
Et puis trois écrevisses
Et puis flottant sur l’eau un morceau de papier buvard
Tout ça cohabitait harmonieusement
Dans l’eau verte
Et Narcisse regardait tout ça
Mais ces objets étaient dispersés
Alors Narcisse
Ne savait où donner de la tête
Ne savait où regarder
Ne savait où poser ses yeux
Une libellule
A un moment
S’est posée
Sur le bord
Du nénuphar
Alors Narcisse
A aimé le nénuphar
A aimé la libellule
A aimé cette eau verte
Et il est resté assis
Tranquille
Au bord de l’eau verte
Et il a enlevé ses chaussures
Et il a lentement fait entrer
Ses pieds nus
Dans l’eau
En commençant par le gros orteil
Et c’était froid
Puis c’était frais
C’était bien
Narcisse souriait
Il a fermé les yeux
Il ne les a plus jamais ouvert

vendredi 24 juillet 2020

Pin-up

Pin-up 
sur poster 
A ne pas confondre avec Auvers-
sur-Oise. 
Champigny-
sur-Marne. 
Saint-Pourçain-
Sur-Sioule.
Pin-up
Sur poster
Ce n’est pas un bled. 
Ce n’est pas une ville.
C’est la déco. Chez moi. 
Elle me regarde. Avec ses yeux profonds. Coucou, me ferait-elle, si elle avait des bras, mais elle n’a pas de bras. Seins, jambes, bouche. C’est tout. Moi, je lui fais coucou. D’une main. 

jeudi 23 juillet 2020

Y a R

‘Paraîtrait que Nakamura ne parle pas bien français. Et 'paraîtrait que parler comme Nakamura dans ses chansons, ça serait mal.
Il paraît pourtant, aussi, que le français est une langue vivante. Et il paraît même qu’une langue vivante, ça vit. Et que la vie d’une langue vivante, c’est un peu comme la vie d’un être vivant : ça consiste, entre autres, à évoluer. Et il paraît même que ce qui fait évoluer une langue, c’est entre autres les usages que les gens qui utilisent cette langue font de cette langue. Nakamura se sert de la langue. Elle s’en sert pour faire des trucs. Des trucs baroques, singuliers, loufoques, drôles, bizarres. Nakamura se sert de la langue, et, ce faisant, Nakamura sert la langue. Et Nakamura, accessoirement, sert même aux vieux qui ont envie de se faire de nouvelles connexions neuronales, et ainsi de repousser l’arrivée de la maladie d’Alzheimer et de la décrépitude.
Nakamura fait ce qu’on devrait tous faire. Elle prend ce qu’il y a. Et elle fait sa sauce avec. « Appuyez vous sur les principes : ils finiront par céder ». C'est ce que prônait à juste titre Oscar Wilde. Et c'est ce que Nakamura fait avec la langue. Aya s’appuie sur la langue française, et la fait craquer de partout. Et c’est jouissif. Et c’est savoureux. 
Et Nakamura me fait penser 
à Proust. Proust qui disait, dans une fameuse lettre à madame Strauss, « pour défendre la langue, il faut l’attaquer ». Proust qui disait que les poètes (et y a de la poésie dans Nakamura) parlent une langue étrangère. Nakamura attaque la langue, et, ce faisant, la défend. La défend contre l’inertie. La défend contre l’immobilité. La défend contre la stagnation. La défend contre la mort.
J’adore les phrases de Nakamura où on ne comprend pas trop, à la première écoute. Ça me rappelle quand j’étais petit, quand ma mère me lisait Le petit chaperon rouge, et que tombait dans mes oreilles d’enfant cette phrase mystérieuse, Tire la chevillette et la bobinette cherra. Tire la chevillette et la bobinette cherra. J’y comprenais R. Je m’en foutais. J’aimais bien. Je trouvais ça mystérieux, singulier, envoûtant. Incompréhensible. Poétique. Tire la chevillette et la bobinette cherra. Crache encore y a R. Une phrase de Nakamura que je comprends du premier coup je suis presque déçu.
 Et Aya se sert tellement bien de la langue, et sert tellement bien la langue, qu’elle mélange des mots de dans longtemps avec des mots d’il y a longtemps. Par exemple Aya remet 'nana' dans le jeu, alors que depuis vingt ans on dit meuf. Et Aya a fait un tube avec catin dedans - ouais, catin, comme dans Brassens. Continue, Aya.
Et de toute façon Aya va continuer. Les langues vivent, comme les arbres poussent et comme les êtres persévèrent dans leur être. Aya va continuer. Et ceux qui n’aimez pas, c’est pas grave : crachez encore : y a R.

Ouvrez

Guillemets
Ouvrez-les
Et voyez
Ce qui se glisse
Dedans
A l’intérieur
Et voyez
A quoi
Ça
Ressemble
Des ailes
Des cuisses
Des têtes
Des pieds
Des nez
Des yeux
Y a tout ça
Entre les 
Paires
De guillemets
Qui se promènent
Partout
On ne peut pas faire
Deux pas 
Sans tomber
Dessus
Guillemets par ci
Guillemets par là
En veux-tu
En voilà
Gui
Guigui
Guillemets
Haha
Un jour je me suis retrouvé encerclé
Cerné
Par des paires de guillemets
Partout où j’allais
Je me heurtais
A des paires
De guillemets
Je leur criais
Laissez-moi
Laissez-moi passer
Laissez-moi sortir
Et eux ne me répondaient rien
Ils me regardaient
Avec des sourires
Sadiques
Ils me regardaient
Et je crois même qu’ils ricanaient
Guillemets !
Guillemets !
Putain de guillemets !
Laissez-moi
Bordel
Passer
Sortir
Aller
Vaquer
Vivre
J’étouffe
Entre vos
Sales gueules

Et les guillemets
Après un long conciliabule
Décidèrent
De s’approcher de moi
En souriant
Et ils s’approchèrent tellement
Qu’ils me
Caressèrent
Et ils me caressèrent
Tellement
Qu’ils m’étouffèrent
Et depuis
Je suis
Comme qui dirait
Pour ainsi dire
Mort